NAISSANCE D’UNE MARQUE

 

Une démarche durable et singulière

Lorsqu’il apparaît pour la première fois sur la scène française du design, c’est en tant que créateur de l’année au salon Maison et Objet. Nous sommes en 1999, Christophe Delcourt est âgé d’une trentaine d’années et il présente ses premières créations (objets et luminaires) avec la particularité d’en être à la fois le designer, le fabricant, mais aussi l’éditeur. Le tout à une époque où la notion même de maison d’édition de mobilier est, sinon inexistante, encore confidentielle. Cette démarche singulière n’est pourtant pas mûe par une quelconque soif d’indépendance, mais par la seule volonté de donner un cadre précis et parfaitement maîtrisé à ce qui deviendra rapidement une vraie signature. Soit une collection de luminaires et de pièces de mobilier contemporains, dessinés au plus près de la matière (bois, bronze, métal, céramique, cuir, etc.) et selon des savoir-faire artisanaux.

 

Un catalogue vivant

Depuis la fin des années 1990, le catalogue de la maison d’édition n’a cessé de s’affiner, s’étoffer et s’enrichir, réaffirmant toujours avec la même conviction le choix de la haute-facture. Tables, tables basses, canapés, chaises, fauteuils… Chaque pièce présente aussi la particularité de pouvoir être réalisée sur mesure (essence de bois, finitions, dimensions, teinte de céramique ou de cuir…), affirmant la maison d’édition comme un partenaire de premier choix pour tous les professionnels de la décoration, comme pour une clientèle exigeante de particuliers. Une écoute et un soin du détail qui ont permis à la maison d’édition créée par Christophe Delcourt de tisser des liens durables avec quelques-uns des plus grands décorateurs et architectes d’intérieur français, mais aussi du monde entier.

 

Designer par vocation, éditeur par conviction

Devenu un designer/éditeur français de premier plan, Christophe Delcourt ne se contente pourtant pas de donner vie à ses propres dessins : au contraire, il ouvre très vite les pages de son catalogue et les portes de ses ateliers partenaires à des designers partageant à la fois sa vision artistique et ses exigences en termes de fabrication et d’excellence. Au fil des ans, se succèdent ainsi des designers tels que Laurent Nicolas, Vincent Dupont-Rougier, François Champsaur, Tristan Auer, Jean-Pierre Tortil et, plus récemment, Charles Kalpakian, Samuel Accoceberry et le duo Forest & Giaconia.

Pour donner aujourd’hui toute sa place à cette pluralité d’écritures et de sensibilités, la maison d’édition créée par Christophe Delcourt se rebaptise Delcourt Collection. Loin d’être une coquetterie de façade, cette discrète mutation officialise en vérité une lente évolution et le glissement d’un travail de designer/éditeur vers l’émergence d’une marque à part entière, avec ses valeurs, ses codes, mais aussi son art de vivre.

 

LE SENSIBLE A L’OEUVRE

Quelle histoire raconter ? Comment construire et séduire dans le même temps ? S’inscrire dans une époque et durer ? Lorsqu’il donne naissance à sa maison d’édition au milieu des années 1990, Christophe Delcourt ne se pose vraisemblablement pas toutes ces questions paralysantes, mais il en maîtrise déjà les enjeux, conscient que tout est dans l’interstice, dans cet espace infime où se croisent fonction, dessin, savoir-faire et direction artistique.

Les premières pièces ne soupçonnent pas qu’elles seront suivies d’une ample fratrie. Elles sont ce que Christophe Delcourt appelle des « pièces premières ». Des pièces du quotidien qui ne visent surtout pas l’effet décoratif et ne prétendent sans doute à rien d’autre qu’une forme de simplicité et d’honnêteté.

« Dès le départ, j’ai envisagé la maison d’édition comme un espace de recherche et d’expérimentation, explique Christophe Delcourt. Il y avait bien évidemment un fil créatif, mais il n’était pas tant dans l’écriture que dans la manière dont les matériaux se répondaient, se faisaient écho. Les pièces se nourrissaient les unes les autres, mais presque de manière inconsciente. A travers mes dessins et ceux des designers avec lesquels j’ai rapidement collaboré, je ne recherchais surtout pas à proclamer un style, mais bien davantage à raconter une histoire. Et, lorsqu’on se lance dans un tel exercice de narration, on ne sait pas toujours où cela va nous mener. On tient juste une scène d’ouverture, un personnage principal et un contexte. Mais tout reste à faire. C’est exactement comme cela que la collection est née, puis s’est construite. Il y a là quelque chose de presque accidentel, d’aléatoire. C’est un peu comme lorsque l’on commence à meubler une pièce. Traditionnellement, on choisit d’abord le premier élément d’usage : la table. C’est elle qui va ensuite induire d’autres choix, par sa forme, sa matière… Mais aussi par ce qu’elle évoque plus indirectement : un souvenir, une émotion. Les autres pièces de mobilier viennent ensuite souligner, accompagner, compléter ce qui se compose finalement comme une saynète, un tableau ».

C’est sans doute cette exigence narrative qui a permis à Christophe Delcourt de cultiver sa différence sans jamais déroger au fil conducteur de départ. Le catalogue de la maison d’édition s’est ainsi construit sur un ensemble de quêtes, de rencontres et de partis pris. Et sur une exigence d’harmonie de formes et de matières qui ne passe surtout pas par « l’ensemble », cet ennemi de l’émotion… Mais bien davantage par la recherche de la pièce forte, celle qui trouvera naturellement sa place dans un espace défini. « L’architecture a bien évidemment une incidence sur la pièce de mobilier à laquelle on va donner vie. Enrichir un catalogue, c’est penser un meuble qui sera tantôt au milieu ou dans l’angle d’une pièce, dans un salon, une entrée, une chambre ou un bureau. Il s’agit donc d’envisager des typologies autant que des topologies. Meubler une architecture plutôt que de simplement la décorer ».

Cette authentique démarche d’ensemblier-décorateur passe aussi par la quête permanente de ce qui est finalement une suite de pièces uniques. Car l’édition n’interdit en aucun cas la pièce d’exception. Et toutes les références du catalogue assument parfaitement cette ambiguïté, visant avant tout la connivence et une forme de séduction bien davantage que la prouesse technique. « Bien sûr, le confort reste l’enjeu premier, mais je suis aussi très attaché à l’idée selon laquelle un meuble – notamment une assise – doit conférer de l’élégance à son utilisateur, le rendre beau en toutes circonstances. C’est peut-être ce qui, pour moi, se rapproche le plus de ce que l’on a coutume d’appeler l’élégance à la Française : un port, une attitude. Et une élégance qui s’autorise aussi et surtout une part d’imprévu… Incarnée, depuis la naissance de la maison d’édition, par les différents designers invités qui ont, chacun à leur manière, façonné une collection à la fois éclectique et d’une infinie cohérence.